Interview dans le second numéro de Mazout
"SOLIDARITE
Le Galion, port de pêche, Lorient. Rempli, rempli, rempli. Je suis grimpée sur une chaise, devant : je ne veux pas en rater une miette.
A mes pieds, un parterre douarneniste dont 4 Billy sur cinq. Des filles, qui ont l’air concernées, pas des potiches à garçons. Un Taxi Brousse et un ou deux It was Coco. Je pense qu’il y a au moins 220 personnes, tous là pour ça. L’affiche ? Les Datsuns et les Good Old Boys (rebaptisés Octopus), en 1ère partie. Qui vont être diaboliques et enchaîner à leur furie les drogués que nous sommes.
Mais, MAIS ?! Oui, je sais, je suis en charge des Billy.
Mais ce soir, j’ai une révélation : la scène douarneniste, représentée par Billy Bullock and the Broken Teeth et les Good Old Boys est ... importante, essentielle, vitale.
Retour à Douarnenez, il flotte, il y a du vent, il est 14 heures et c’est mardi. Je me rends au Q.G. des Billy : le Bistrot des Halles. Lieutenant Nutz arrive. Il sort de son boulot, les 3-8 dans une usine de boîtes de conserve. Billy nous rejoint, j’ai donc les deux gratteux à ma merci. Il va falloir parler de leur second album dont la sortie est prévue en mai. Le premier date de trois ans et je sais, pour les avoir vus régulièrement depuis (je vous conseille les concerts à domicile), qu’ils ont évolué. Jeunes et Flamboyants Rockers, cet article est pour vous.
Le premier album s’est-il bien vendu ?
Oui, pas mal, le millier d’exemplaires est parti.
Avez-vous tiré des leçons de cette première expérience ?
On a pris plus de temps pour le studio : pour le 1er, la prise de son s’était faite en une semaine et nous n’étions pas là pour le mix. Alors nous avons décidé de prendre 15 jours qui se sont révélés un peu longs : pendant le mix, une fois que tu as demandé ce que tu veux, le mec bidouille ses trucs, et puis voilà. On avait amené avec nous Calzone (des Taxi Brousse) qui est intéressé par le studio et qui est doué pour ça. Il nous a prêté ses guitares, ses amplis, ses pédales et c’est de manière diplomate qu’il nous a aidés à créer différents sons. C’était la 6ème paire d’oreilles du groupe.
Au 1er album, notre énergie est passée à chercher le son que nous voulions, pour le second, on savait ce que nous désirions. On s’est quand même pris la tronche pour pondre un truc moins bordélique, on a chiadé les guitares, on a mis du cuivre, du clavier. Le résultat est plus riche, plus cohérent. Par contre, l’ambiance a été un peu dure : un bled de 200 habitants, pas de rade, donc pas de décompression... 15 jours les uns sur les autres... ça sentait la testostérone là-dedans ! Et puis on a été plus sérieux qu’à Annecy (lieu d’enregistrement du 1er), où on était bourrés tout le temps. Pas là, sauf Tsunam (batteur du groupe); il a fait ses prises et il a été bourré pendant 14 jours !
Quel sera le titre de cet album ?
“Back To Business”. Au départ, on ne voulait pas mettre de titre du tout, on voulait juste mettre le logo. On voulait faire 20 morceaux, pas de titre, pas de nom, rien, un bon truc de branleurs, et un soir de beuverie, Steph (de Turborock Records, label de Caen sur lequel les Billy sortent le CD), nous a dit qu’il en était hors de question ! C’est le titre d’un morceau.
Nous nous sommes dit qu’après trois ans, c’était marrant, un retour aux affaires.
Mais c’est 20 titres de combien de temps ??! (je suis un peu affolée, là)
Au final, il y en a 13. On s’est battus comme d’habitude pour choisir.
Vous me dites qu’il y a du cuivre. Il y en a beaucoup ? (j’y suis ALLERGIQUE, n’accordant mes faveurs qu’aux Specials, ce qui hisse la barre très haut).
Il y a juste un morceau. En fait, c’est un disque de Ska-Punk. Festif. Billy a de vieux disques des Caméléons et des Celtas Cortos, ça a changé notre vie (une poussière de poussière de seconde, j’ai osé penser qu’ils parlaient sérieusement, la honte).
Pourquoi cette envie de cuivres ?
Nous avons un morceau franchement soul. C’est un Taxi Brousse qui les joue. Le résultat est réussi !
Avez-vous galéré pour trouver ce label ?
C’est lui qui nous a trouvés en fait. On s’est croisés plein de fois avec Steph. (ce dernier avait vu les jeunes lionceaux en 1ère partie des Bellrays, au Vauban et les a fait jouer depuis) Ça a collé assez vite. (Nutz prend un drôle d’air, je sens qu’il va vanner). Il est venu me voir, en faisant sa fille (quand on connait le mec, c’est improbable), “Oh, je me disais, ce serait bien, Turborock pour l’album...“, et du coup, moi, j’ai fait ma putaine, “Oh, je sais pas, faut que j’en parle aux autres, on va réfléchir...”, genre on a plein de labels qui nous courent après, tu parles, je me suis jeté dehors voir les autres, les bras en l’air, “Ça y est, victoire !!!”. Quand tu penses qu’en plus, on est trop brelles pour démarcher...
Ah oui, vous n’avez plus de manager...
En fait, il y a Steph qui nous trouve quelques dates, et puis avec Internet, ça va assez vite. Surtout que maintenant, on fait du Ska-Punk...
Que pensez-vous avoir changé par rapport à vos débuts ?
Dans le 1er album, la moitié des morceaux datait de notre 1er groupe, R[e]D (une partie des Billy était dans R[e]D, l’autre dans Chod). Là, maintenant, c’est le 1er vrai Broken Teeth, on l’a fait tous les 5, cet album est beaucoup plus riche que le 1er.
Avez-vous toujours les mêmes influences ?
Dr Feelgood, toujours.
En ce moment, qu’écoutez-vous ?
Dr Feelgood !
Grrr! En groupes de maintenant ?
Peut-être Cage the Elephant. Sinon, il y a un mec du Tennesse breton qui a sorti un album qu’on écoute vachement, Rotor Jambreks !
Comment se fait-il qu’il y ait autant de groupes à Douarnenez ?
En fait, ça se calme, on voit ça avec le Millésime (concerts exclusivement douarnenistes organisés sur deux jours à leur MJC, par leur association).
Il faut savoir que quand j’ai commencé, à 11 ans (si, si, c’était il y a 16 ans...), il y avait déjà plein de groupes, même si on en parlait moins. Le Millésime existait par le passé. Les jeunes pouvaient aller voir plein de groupes pas chers, des mecs qu’ils allaient croiser par la suite dans leur quartier. C’est peut-être pour ça, ils avaient eux aussi envie de monter un groupe... En plus, pour les petits groupes, ça fait au moins une date par an.
Parlez-moi des autres groupes dans lesquels vous jouez ?
Nous sommes 3 Billy à jouer avec 1 Taxi Brousse et 1 Good Old Boy, dans Mojo Factory. Notre chanteur joue avec 2 Good Old Boys, sa copine, et 1 Action Fire, dans Hillbillys and the Toothpicks. Ce qu’ils font est vachement bien, c’est dans la vague punk-garage, nous c’est du blues, pas pur, hein, sinon, ça ferait chier !
Y aurait-il d’autres groupes qui émergeraient de façon aussi forte que vous et les Good Old Boys ?
Il y en a un, que je trouve génial, mais qui n’émergera pas, parce que ce sont de grosses feignasses. Ce sont les Action Fire Wednesday.
Les Billy ont beau dire que la relève tarde à se faire sentir, ils me balancent quelques noms : Taxi Brousse, It was Coco, Dizzy Town Blues, Christ is Cheese, Rock in chaire...
Et tous ces jeunes sont solidaires entre eux : je ne trouve pas que Taxi Brousse ait grand chose en commun avec les Billy, mais j’ai vu les uns assister aux concerts des autres. Ils sont ENSEMBLE. Sans chercher l’événement, oui, un phénomène se crée à Douarnenez. Les Datsuns ne se sont pas trompés quand ils ont pris leur claque au show des Good Old Boys. Le gars du Galion ne s’est pas trompé en les programmant en 1ère partie. Et il ne se trompe pas en programmant les Billy Bullock and the Broken Teeth en 1ère partie des Américains de Radio Moscow le 27 mai. A suivre, VRAIMENT."
Propos recueillis par CAT THE CAT pour le numéro 2 du fanzine Mazout (mai 2009).
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